Politique

« Mieux Vivre Poissy », un programme ambitieux… mais qui interroge.

À quelques semaines des municipales, la liste de gauche « Mieux Vivre Poissy » présente son programme. Santé, écologie, solidarité, sécurité, culture, petite enfance, jeunesse : le projet couvre l’ensemble des politiques locales et propose une transformation en profondeur du rôle de la municipalité. Au risque d’aller trop loin ?

À la lecture des six volets du programme, une impression domine : il ne s’agit pas d’ajustements, mais d’un changement d’échelle. La future mairie, si cette équipe est élue, entendrait devenir un acteur central de la vie sociale, économique et même sociétale de la ville.

Cette ambition mérite une analyse à la fois attentive et nuancée.

Une vision sociale assumée, mais parfois déjà existantes

Le fil conducteur du programme est clair : renforcer le service public local et protéger davantage les habitants. La création d’un guichet municipal unique d’accès aux droits (déjà existant à Poissy), le renforcement du CCAS, l’ouverture d’un refuge 24h/24 pour les femmes victimes de violences ou encore la mise en place d’un service funéraire municipal traduisent une volonté d’agir directement contre les inégalités.

Si nous comprenons un certain nombre de point, une interrogation se pose : est-ce le rôle de la ville de s’occuper des obsèques des habitants ?

Sur le plan éducatif, les engagements sont nombreux : garantir une solution de garde pour chaque famille, améliorer la transparence des attributions en crèche, isoler et végétaliser les écoles, renforcer l’accompagnement des enfants en situation de handicap. La promesse d’une cantine accessible dès un euro pour les familles modestes et la conversion vers une restauration 100 % bio et plus végétale s’inscrivent dans une logique à la fois sociale et écologique.

Un programme qu’on pourrait croire co-construit avec la Maire actuelle Sandrine BERNO DOS SANTOS, puisqu’un certain nombre d’engagement y sont partagés, comme la garantie d’une solution de garde pour chaque famille, et la végétalisation des cours d’écoles

Dans le domaine culturel, la liste défend une démocratisation assumée. Tarification dégressive du conservatoire, carte de réduction pour les ménages modestes, meilleure visibilité des associations, création d’un espace muséal pluridisciplinaire : l’objectif est d’ouvrir davantage l’accès aux équipements existants, comme le Musée du Jouet ou la Villa Savoye, et de développer de nouveaux lieux d’expression artistique. Rien de plus a ajouter, c’est cohérent.

En matière de sécurité, le positionnement est plus compliqué. La liste prend ses distances avec la politique de vidéosurveillance menée sous le mandat de Karl Olive et privilégie une police municipale de proximité, plus présente sur le terrain, associée à un service de médiation et à des actions de prévention dans les écoles. Nous pensons que l’un n’empêche pas l’autre, et que la cohabitation entre les caméras et l’humain est une meilleure solution que le tout humain ou tout caméra.

Une extension importante du rôle de la mairie

Ce programme pose toutefois une question de fond : jusqu’où une commune peut-elle aller ?

Plusieurs propositions touchent à des domaines où la compétence principale relève de l’État ou du Département : droit du travail, insertion professionnelle, accompagnement juridique des victimes, affectation des AESH dans les écoles. Une municipalité peut soutenir, coordonner, orienter. Elle ne décide pas seule.

Le risque n’est pas tant juridique que pratique : la réussite de ces mesures dépendra largement de partenaires extérieurs. On ne dit pas que ce n’est pas possible, mais l’histoire montre pourtant que ce qui ne dépend pas de la ville est généralement ce qui pose problème (Propreté, bus etc…).

Le cœur du débat : la soutenabilité financière

Au-delà des intentions, la question budgétaire devient centrale. Pris séparément, nombre d’engagements semblent raisonnables, d’autres beaucoup moins. Leur addition change la perspective.

Le programme prévoit notamment le développement de nouveaux services municipaux, des recrutements supplémentaires, des équipements culturels, un renforcement de la police municipale, un service funéraire public qui n’aurait aucune perspective de rentabilité, un refuge d’urgence, une cantine à tarif très réduit, un effort massif sur la petite enfance et la jeunesse, ainsi que des projets énergétiques structurants comme un réseau de chaleur.

Ces mesures impliquent des coûts d’investissement mais surtout des charges de fonctionnement durables. Or le document reste relativement discret sur le chiffrage global et sur la trajectoire financière envisagée. Quelques jours après un débat d’orientation budgétaire animé, qui a mis en lumière l’explosion des coûts de la restauration scolaire par exemple.

La question que beaucoup de citoyens se poseront est simple : ces engagements pourront-ils être tenus sans hausse significative des impôts locaux ou sans arbitrages importants ailleurs dans le budget municipal ? Si augmentation il y a, nous devons le savoir. Si arbitrage il doit y avoir, nous devons savoir sur quoi.

La Palestine, un choix politique qui peut diviser

Parmi les orientations évoquées figure également la volonté d’un jumelage avec une ville palestinienne. Si certains y verront un geste de solidarité internationale, d’autres s’interrogeront sur l’opportunité d’un tel engagement dans un contexte géopolitique sensible. Le débat n’est pas tant diplomatique que local : est-ce une priorité municipale et quel en serait l’impact pour la commune ? Avons-nous besoin d’importer un conflit tendu sur la scène municipal ? Avons-nous besoin de division en cette période déjà tendue au niveau national et international ?

Ce type de décision, symbolique mais politiquement marquée, pourrait susciter des réactions contrastées.

Une élection qui portera sur la nature même de la mairie

Au final, le programme de « Mieux Vivre Poissy » a le mérite d’être clair. Il propose une mairie très interventionniste, profondément engagée sur les questions sociales et écologiques, et prête à élargir (parfois trop) son champ d’action.

Ses atouts sont évidents : cohérence idéologique, priorité donnée à la justice sociale, volonté de proximité et de prévention. Ses zones d’ombre le sont tout autant : chiffrage encore imprécis, dépendance à des compétences partagées et effet cumulatif financier.

La campagne municipale de 2026 ne se résumera donc pas à un affrontement de personnalités. Elle posera une question plus fondamentale aux Pisciacais : souhaitent-ils une municipalité aux missions élargies, assumant un rôle très central au risque de ne pouvoir assumer ces fonctions dans un contexte financier tendu, ou une mairie plus recentrée sur ses compétences traditionnelles, qui fait peut-être moins, mais qui fait bien ?

C’est ce choix de modèle qui structurera le débat à venir.

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